D’un simple croquis à mon entreprise…

D’un simple croquis à mon entreprise… L’histoire d’Obulli

Une entreprise normande cherchait à commercialiser du bio-plastique, sous forme de plaques (de couleurs et d’épaisseurs diverses) dans le secteur des loisirs créatifs.
Je faisais partie des membres du jury lors de concours créatifs organisaient par les deux gérantes. Rien n’émergeait vraiment comme produits, ayant une dimension de production derrière.

C’est en partant des contraintes et des atouts de leur matière (déformation à la chaleur mais diffusion de lumière et de couleurs intéressantes) que j’ai basé mes recherches d’idées.

J’ai réalisé de nombreux croquis et j’ai proposé… : une lampe (l’éclairage LED ne dégage pas de chaleur) constituée d’un socle, de 4 plaques pour les côtés et d’un couvercle.
J’ai étoffé mon idée en faisant des simulations sur Adobe Photoshop, en réalisant des maquettes en système D puis, des prototypes (avec l’aide d’un artisan menuisier).
Les tests matière (rendu et réaction à la production laser) étaient satisfaisants, je dirais même plus : enthousiasmants.

A cette étape, il me fallait définir le coût de revient et prix de vente ; en tenant compte du marché dans le secteur d’activité visé…
Et là, aïe aïe aïe, ça coince ! Le prix de vente du bio-plastique était beaucoup trop élevé nous amenant à un prix de vente avoisinant les 450 euros !

Soit j’abandonnais, soit je trouvais une autre solution de développement produit. Il fallait alors revenir sur l’origine de la création : pourquoi les lampes ?

Formatrice en dessin et création chez les Compagnons du devoir (à raison de quelques heures par semaine), je dis souvent aux jeunes qu’il n’y a pas de problèmes, qu’il n’y a que des solutions !
Je n’allais donc pas renoncer mais j’étais malgré tout en quête de sens…
Sinon, comment se lever chaque matin pour créer, tout en sachant que cette entreprise n’était pas rémunératrice et qu’elle ne le sera pas avant … ???

J’ai cherché au fond de moi ce qui m’animait…
J’avais un vide en moi, une forme de mal-être, je ressentais comme une douleur. J’ai marché pour faire un point, plus que nécessaire !

Cette souffrance venait de plusieurs choses :
– d’un besoin inassouvi de dessiner… (il me fallait bel et bien avouer que j’avais besoin d’un métier axé sur l’Art et la matière). Je devais donc persévérer dans cette entreprise créative
– de la vente de la maison de famille… (mes parents l’avaient construite, ma mère nous avait demandé de bien vouloir la vendre par résoudre la problématique de l’entretien, c’était plus raisonnable de s’en séparer).
Je me suis dis qu’il fallait que je gagne ma vie pour la racheter un jour…

Et puis, quelques jours plus tard, je passe devant une maison en briques et silex, une demeure que je qualifiais de p’tit nid douillet. Je voyais souvent, quand j’étais plus jeune, une vieille dame arroser ses jardinières avec un arrosoir en zinc… Après tout, c’était peut-être cette maison que j’allais habiter un jour, pour en prendre soin à mon tour… (une façon pour moi de me dire, par rapport à ma maison d’enfance, que la roue tourne).

Sauf qu’un panneau mentionnait des travaux à venir et, la démolition !
Oh non ! C’était impossible ! C’était de la folie !
Un immeuble allait remplacer ce patrimoine normand, qui allait être anéanti pour toujours. Comment pouvait-on décider d’un pareil massacre ? J’étais scandalisée, je ne pouvais rester à accumuler les mauvaises nouvelles. Ce n’était pas la première maison normande qui allait rendre l’âme, en deux jours, sous les crocs d’une machine de chantier…

Bon, allez, il me fallait rebondir et agir !
Les idées me venant souvent la nuit, je suis allée me coucher tôt…

Eurêka : Pour la matière de mes lampes, j’allais utiliser le bois (plus noble, plus facile à découper au laser et plus intéressant pour la personnalisation) ; pour les motifs présents sur les plaques, j’allais dessiner des biens d’exception ! J’ai dessiné des monuments de Rouen, du centre historique, …

Cette solution (pleine de bon sens et de bons sentiments) amena une nouvelle interrogation…
Je n’étais plus du tout parti sur le secteur porteur des loisirs créatifs.
Qui allait acheter mes lampes ? Le patrimoine était étroitement lié au tourisme, mais les touristes n’ont pas de place dans leur valise pour une lampe…
Je listais alors les problématiques des lampes : le coût de revient, la fragilité, l’encombrement, la sécurité du système électrique… Bref tout se brouillait dans mon esprit.

Le soir, un de mes enfants allume mon prototype de lampe.
Il s’écria alors : « Maman, mais c’est connu ce que tu as dessiné sur ta lampe ?! » Il s’agissait du Gros Horloge, en plein centre de Rouen… Tout en réfléchissant, il ajouta : « Mais oui, on passe devant quand on est en ville. C’est beau ! Tu devrais continuer à illuminer d’autres monuments ! »
Mon fils de 7 ans venait d’être touché par la beauté de notre patrimoine, il était là le sens de mon entreprise…
J’allais mettre en lumière le patrimoine pour montrer au monde qu’il n’a pas de prix : il est de notre devoir de le préserver et de le valoriser !
Il fallait sensibiliser le public et notamment les jeunes générations.

Il me fallait trouver des réponses aux diverses problématiques.
Une jeune femme souhaitait s’associer au projet à cette période (nous avons tenté de travailler ensemble un peu plus d’un mois…).
Ne trouvant pas de solutions faces aux problèmes, elle proposait de changer de cible clientèle et d’aller démarcher les maternités (le secteur de la puériculture étant plus porteur) quitte à vendre plus cher les lampes.
Ceci n’avait pas de sens pour moi mais, il fallait le reconnaître, les touristes n’allaient certainement pas acheter une lampe à plus de 150 euros.
Lors d’un rendez-vous prospect dans ce service, la responsable sage-femme émet l’idée de créer une lampe sur un plateau tournant pour profiter des décors. Ma future-ex associée voulant retenir l’intégralité des objections clients, souhaitait encore majorer le prix de vente. Ma seule obsession était de le baisser pour coller à la réalité économique.

En désaccord sur de nombreux autres points, je continuais seule l’aventure !
Le constat était le suivant : je devais faire avec ce que j’avais !
– Pour diminuer le coût de revient, il fallait faire attention à la matière première utilisée et limiter les intermédiaire dans le circuit de production, limiter aussi le nombre de manœuvres.
– Pour la sécurité, il fallait utiliser un système électrique douille, câble, interrupteur et prise monté par le fabriquant.
– Pour l’encombrement et la fragilité, il fallait pouvoir conditionner les lampes en plusieurs morceaux
J’ai donc conçu une structure de lampes sous forme de tranches de plusieurs épaisseurs en m’inspirant du principe du plateau tournant : je savais faire les plans de découpe, je pouvais faire les découpes au laser, je devais trouver à insérer le système électrique dans son ensemble…

Deux mois se sont écoulés… c’est après les fêtes de fin d’année que la solution m’est apparue au réveil ! Tout s’est enchaîné très vite au FabLab…
J’avais trouvé LES solutions 😉 Amusée, j’ai ensuite décliné différentes formes de lampes, aux dimensions toujours calculées en fonction de mes plaques matières dans un souci d’optimisation de coûts !

Avant de commercialiser mes lampes, je consulte un expert en propriété industrielle de l’INPI pour lui présenter les évolutions produits. Ce monsieur m’indique qu’avant de lancer la vente, il vaudrait mieux que je dépose un brevet… Ce qui implique encore du temps et de l’argent…

Avais-je le choix ? Non… car si je ne protégeais pas mon principe de montage, d’autres pourraient le faire et commercialiser à ma place mes lampes, tout en m’empêchant d’exploiter mon invention ! La galère…

Voilà pourquoi, une création d’entreprise… c’est long et riche en rebondissements, en remises en question et en rencontres.

 

 

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